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Vos questions / Nos réponses



Bonjour, poétesse lavalloise, je vous présente un de mes poèmes dédié à Colette.
COLETTE
 
Colette respirait sa vie
dont les raisons usaient son imagination.
Elle possédait la familiarité de la réalité
qui venait de son intérieur,
où des mots en vaine de confidences,
voyageaient autour d’instants frivoles
qui s’accrochaient
à la mélancolie de sa plume,
où se nourrissait sa liberté,
qui venait de loin,
de son visage où naissait une ride,
qui enfermait en elle sa fragilité.
De temps à autre,
elle devinait dans une aube blême,
la mesure intemporelle de ce qu’elle voulait être,
avant de graver dans le sillon régulier de ses doutes,
la trace indélébile de ses émotions les plus farouches,
qui masquaient ses envies d’ailleurs,
peuplés de songes qui se cherchaient dans le demain,
où son histoire rencontrait pour toujours
celle de sa fille.
 
Sylvie Forveille, août 2007.

Bonjour à tous, je viens de découvrir votre site. Merci pour ce que vous réalisez et pour continuer de faire vivre les mots de Colette... Voici un poème que le livre de Chéri m’inspira. Parce qu’il y a des personnages de Colette qui sont pour nous si réels qu’ils deviennent comme des proches, des amis...

Chéri

Insouciant, aux bras solides de sa maîtresse,
Les jours s’écoulent de langueurs ignorantes.
Choyé sans répit d’intrépides caresses,
Aveuglé d’une main qui tendrement, l’enchante.

Et son visage fier débordant de jeunesse,
Volé doucement par ces lèvres riantes,
Inconscientes des heures respirant la tristesse,
À la réalité de ses larmes implorantes.

Errant de souvenirs, chaque soir il écoute,
Sous ses mains pâles où se meurt sa route,
La nuque renversée par l’écho d’un seul nom.

Dans le passé, je revis sa folle quête,
Émue par l’âme lassée de son triste abandon,
Je ranime en silence le Chéri de Colette
… 

S.FOUQUET


Bertrand de Jouvenel est-il le modèle de Chéri ?

Réponse :
non, cher internaute ; Colette elle-même, dans La Naissance du jour, s’est déclarée
« prémonitoire » en « agençant » une Léa qu’elle allait bientôt devenir. L’idée de Chéri remonte à 1911 ; Colette a conçu une version théâtrale (Chéri soldat) avant de rédiger en 1919 la version romanesque que nous connaissons, alors que les débuts de la liaison avec Bertrand datent de 1920.



Qui le personnage de Julie de Carneilhan représente-t-il ?

Réponse :
Julie est l’amalgame de deux figures féminines dans la réalité : Colette elle-même et l’ancienne maîtresse de Henry de Jouvenel, Isabelle de Comminges. Si cette dernière, dans sa jalousie, avait d’abord voulu tuer Colette, les deux femmes devinrent amies. Mais Colette sera à son tour trompée et c’est pour augmenter sa revanche contre l’homme infidèle qu’elle unira les meilleures qualités d’Isabelle de Comminges (blonde, frisée, fine, distinguée, excellente cavalière, appartenant à l’ancienne aristocratie) et d’elle-même (toujours à court d’argent, peu pudique, gourmande, hantée par le retour au pays natal).Pour savoir tout sur cet intéressant croisement romanesque, voir le Cahier Colette n° 16 (p. 97-120).

Je possède une carte postale ancienne rédigée au verso de la main même de Willy et dans laquelle il mentionne un roman : Les Imprudences de Peggy. La carte est adressée à un certain RABAIX ou RABAUX pour avis sur le roman, mais elle n’est pas datée. Connaissez vous les personnages du recto, s’agit-il de Willy et d’une actrice ? Savez vous si ce roman est bien de Willy et non de Colette, et en quelle année il a été écrit ?

Réponse : Les Imprudences de Peggy est un roman écrit en anglais par Meg Villars, la seconde épouse de Willy. Ce dernier l’a traduit en français et le livre a été publié en 1910 par la Société d’édition et de publications parisiennes. Les personnes figurant sur votre carte sont précisément Willy et Meg Villars. J’ajoute enfin que si vous vous intéressez à Willy, je vous suggère la lecture de l’excellente biographie que François Caradec lui a consacré en 1984 sous le titre de Feu Willy, avec et sans Colette aux éditions Carrère. Une version corrigée a été publiée en 2004 par Fayard sous un autre titre, Willy, le père des Claudine.



Florilège
Chers/es amis/es internautes,
Nous mettons en ligne, pour vous, nos citations préférées de Colette.
A vous de nous proposer les vôtres !
Attention : pour qu’elles puissent figurer sur notre site, nous vous demandons qu’elles soient rigoureusement exactes, à la virgule près, et soient suivies de la référence de l’édition et de la page d’où provient chaque citation.
(Cette information est nécessaire car elle permettra d’archiver la référence, même si elle ne figure pas sur le site).
Bonne lecture à tous et à toutes !



AMITIÉ
« Chercher l’amitié, la donner, c’est d’abord crier : “Asile ! Asile !” Le reste de nous est sûrement moins bien que ce cri, il est toujours assez tôt pour le montrer. » (La Naissance du jour)


AMOUR/MARIAGE
« Je l’ai rencontré, épousé, j’ai vécu avec lui pendant plus de huit ans... que sais-je de lui ? qu’il fait des pastels et qu’il a des maîtresses. Je sais encore qu’il réalise quotidiennement ce prodige déconcertant d’être, pour celui-ci, un « bûcheur » qui ne songe qu’à son métier ; pour celle-là, un ruffian séduisant et sans scrupules...
Il y a encore bien d’autres Taillandy, que je ne connaîtrai jamais...
Parmi tous ces hommes-là, où est le vrai ? Je déclare humblement que je n’en sais rien. je crois qu’il n’y a pas de vrai Taillandy... Ce balzacien génie du mensonge a cessé brusquement, un jour, de me désespérer, et même de m’intriguer... mon Dieu ! que j’étais jeune, et que je l’aimais cet homme-là ! et comme j’ai souffert !... » (La Vagabonde)


AVENTURE/ÉVASION
« Vous n’imaginez pas quelle reine de la terre j’étais à douze ans. » (Les Vrilles de la vigne)

« Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes...
Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui... Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix. » (Les Vrilles de la vigne)


« Je ne pensais pas à fuir. Où aller, comment vivre ? Toujours ce souci de Sido. Toujours ce refus intransigeant de retourner auprès d’elle, d’avouer... Il faut comprendre que je ne possédais rien en propre. Il faut aussi comprendre qu’un captif, animal ou homme, ne pense pas tout le temps à s’évader, en dépit des apparences, en dépit du va-et-vient derrière le bureau, d’une certaine manière de lancer le regard très loin derrière les murailles...
Fuir ?... Comment fait-on pour fuir ?... Nous autres, filles de province, nous avions de la désertion conjugale, vers 1900, une idée énorme et peu maniable, encombrée de gendarmes, de malles bombées et de voilette épaisse, sans compter l’indicateur des chemins de fer... » (Mes apprentissages)


« Devant moi, c’est le trouble avenir. Que je ne sache rien de demain, que nul pressentiment ne m’avertisse... Je veux espérer et craindre que des pays se trouvent où tout est nouveau, des villes dont le seul nom vous retient, des ciels sous lesquels une âme étrangère se substitue à la vôtre... Ne trouverai-je pas, sur toute la grande terre, un à peu près de paradis pour une petite créature comme moi ?.... » (Claudine s’en va)


« Une vie commence ce soir, dans un lieu inconnu, dans les lits froids que nous napperons à la hâte...
Oui, mais c’est une vie nouvelle, le soleil qui marquera sur le mur un chemin nouveau, des sons nouveaux au lever du jour, une chambre de travail qui regarde le sud...
En route, en route ! Notre aventure, d’un arrondissement à l’autre, vaut une traversée. » (Trois… Six… Neuf...)


« S’étonner est un des plus sûrs moyens de ne pas vieillir trop vite. » (Discours de réception à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique)

« Petites feux aigus des étoiles lointaines, affolés et perdus pour un nuage qui les enfume, palpitations larges des planètes, tournoiement sidéral... Il me manque la grande planète, Vénus à l’humide éclat. Le mien neveu m’explique pourquoi elle est si souvent inaccessible à notre vue... A son troisième nom, Vesper, j’associe, je suspends celui de mon propre déclin. Autrefois, elle resplendissait sur mon enfance, semblait surgir des bois de Moutiers, au milieu d’un couchant apaisé. Mon père levait le doigt, nommait : « Vesper ! » et récitait des vers. Puis il plantait le faible petit télescope sur son trépied et visait les étoiles... » (L’Etoile Vesper)


BÊTES
« M’émerveillerai-je jamais assez des bêtes ? Celle-ci est exceptionnelle comme l’ami qu’on ne remplacera pas, comme l’amoureux sans reproche. D’où vient l’amour qu’elle me porte ? Elle a, d’elle-même, réglé son pas sur le mien, et le lien invisible, d’elle à moi, suggérait le collier et la laisse. » (La Naissance du jour)

« On n’aime pas à la fois les bêtes et les hommes. Je deviens de jour en jour suspecte à mes semblables. Mais s’ils étaient mes semblables, je ne leur serais pas suspecte... » (La Naissance du jour)


ÉCRITURE
« Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend jusqu’au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir... » (Les Vrilles de la vigne)


« […] la réussite est moins affaire de pensée que de rencontre de mots. Signes errants dans l’air, parfois les mots, appelés, daignent descendre, s’assemblent, se fixent… Ainsi semble se former le petit miracle que je nomme l’œuf d’or, la bulle, la fleur : une phrase digne de ce qu’elle a voulu décrire. » (Mélanges)

« C’est folie de croire que les périodes vides d’amour sont les ‘blancs’ d’une existence de femme. Bien au contraire. Que demeure-t-il, à le raconter, d’un attachement passionné ? L’amour parfait se raconte en trois lignes : Il m’aima, je L’aimai, Sa présence supprima toutes les autres présences ; nous fûmes heureux, puis Il cessa de m’aimer et je souffris...
Honnêtement, le reste est éloquence, ou verbiage. L’amour parti, vient une bonace qui ressuscite des amis, des passants, autant d’épisodes qu’en comporte un songe bien peuplé, des sentiments normaux comme la peur, la gaieté, l’ennui, la conscience du temps et de sa fuite. Ces ‘blancs’ qui se chargèrent de me fournir l’anecdote, les personnages émus, égarés, illisibles ou simples qui me saisissaient par la manche, me prenaient à témoin puis me laissaient aller, je ne savais pas, autrefois, que j’aurais dû justement les compter pour intermèdes plus romanesques que le drame intime. Je ne finirai pas ma tâche d’écrivain sans essayer, comme je veux le faire ici, de les tirer d’une ombre où les relégua l’impudique devoir de parler de l’amour en mon nom personnel. » (Bella-Vista)

« Je suis devenue écrivain sans m’en apercevoir, et sans que personne s’en doutât. Sortie d’une ombre anonyme, auteur de plusieurs livres dont quelques-uns étaient signés de mon nom, je m’étonnais encore que l’on m’appelât écrivain, qu’un éditeur et un public me traitassent en écrivain, et j’attribuais ces coïncidences renouvelées à un hasard complaisant, hasard qui de palier en palier, de rencontre en prodige, m’a amenée jusqu’ici. » (Discours de réception à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique)

« […] il importe seulement que je dénude et hisse au jour ce que l’œil humain n’a pas, avant le mien, touché… » (Sido)


MAISON NATALE
« Dans la chambre que l’on ne parvenait jamais à rendre assez chaude, je naissais péniblement le 28 janvier 1873, et je donnais beaucoup de mal à ma mère en travail. […] je surgis bleue et muette […] à demi étouffée, manifestant une volonté personnelle de vivre et même de vivre longtemps […] » (Le Fanal bleu)

« La maison était grande, coiffée d’un grenier haut... La façade principale de la rue de l’Hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, une maison bourgeoise de vieux village, mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, six marches d’un côté, dix de l’autre...
Maison et jardin vivent encore, je le sais, mais qu’importe si la magie les a quittés, si le secret est perdu qui ouvrait, — lumière, odeurs, harmonie d’arbres et d’oiseaux, murmure de voix humaines qu’à déjà suspendu la mort, — un monde dont j’ai cessé d’être digne ?... » (La Maison de Claudine)

« Ma maison de Montigny reste pour moi ce qu’elle fut toujours : une relique, un terrier, une citadelle, le musée de ma jeunesse… Que ne puis-je la ceindre, elle et son jardin vert comme les parois d’un puits, d’une muraille qui la garde de tous les yeux !… Ce n’est pas une vieille maison pauvre d’esprit, c’est la maison de Montigny. Et quand je mourrai ce sera sa fin à elle aussi… Mes yeux prêts de s’éteindre se lèveront vers son toit d’ardoise violette brodé de lichen jaune ; à ce signe la verdure sans fleurs de ce jardin se fondra en brume confuse, les sept couleurs d’un prisme tremblant souligneront les arêtes de sa carcasse sombre et nous demeurerons elle et moi, une seconde suprême moitié ici et moitié déjà là-bas… » (La Retraite sentimentale)


MERE
« Quarante années ne pesaient guère au personnage principal de toute ma vie, à Sido, quand elle me mit au monde. Mais, après ma naissance, elle engraissa, devint ronde sans enlaidir, dut renoncer à des robes qui soulignaient sa taille de jeune fille... C’est donc à cause de moi qu’elle entra dans son automne de femme, et qu’elle s’y établit sereinement. » (Journal à rebours)


« […] elle trouvait le moyen d’avoir déjà vécu son meilleur temps d’indépendance avant que les plus matineux aient poussé leurs persiennes […] » (La Maison de Claudine)

« Je suis la fille d’une femme qui, dans un petit pays honteux, avare et resserré, ouvrit sa maison villageoise aux chats errants, aux chemineaux et aux servantes enceintes. Je suis la fille d’une femme qui, vingt fois désespérée de manquer d’argent pour autrui, courut sous la neige fouettée de vent crier de porte en porte, chez des riches, qu’un enfant, près d’un âtre indigent, venait de naître sans langes, nu sur de défaillantes mains nues... Puissé-je n’oublier jamais que je suis la fille d’une telle femme qui penchait, tremblante, toutes ses rides éblouies entre les sabres d’un cactus sur une promesse de fleur, une telle femme qui ne cessa elle-même d’éclore, infatigablement, pendant trois quarts de siècle... » (La Naissance du jour)

« Dans le cœur, dans les lettres de ma mère, étaient lisibles l’amour, le respect des créatures vivantes. Je sais donc où situer la source de ma vocation... » (La Naissance du jour)

« Ma mère […] tenait pour naturel, voire obligatoire, d’enfanter des miracles […] » (Sido)



MUSIC-HALL
« Que voulez-vous que je fasse ? De la couture, de la dactylographie ou le trottoir ? Le music-hall c’est le métier de ceux qui n’en ont appris aucun...
Il n’y a de réel que la danse, la lumière, la liberté, la musique... Il n’y a de réel que rythmer sa pensée, la traduire en beaux gestes. Un seul renversement de mes reins, ignorants de l’entrave, ne suffit-il pas à insulter ces corps réduits par le long corset, appauvris par une mode qui les exige maigres ? » (La Vagabonde)

« La solitude... la liberté... mon travail plaisant et pénible de mime et de danseuse... les muscles heureux et las, le souci nouveau, et qui délasse de l’autre, de gagner moi-même mon repas, ma robe, mon loyer, voilà quel fut tout de suite, mon lot, mais aussi la défiance sauvage, le dégoût du milieu où j’avais vécu et souffert, une stupide peur de l’homme, des hommes et des femmes aussi... et cette bizarrerie encore qui me vint très vite, de ne me sentir isolée, défendue de mes semblables, que sur la scène, la barrière de feu me gardant contre tous... » (La Vagabonde)


« Pour faire une bonne tournée, une tournée vraiment agréable, il faut...

- Oui, je sais, il faut un nom connu, un talent consacré par la Ville lumière, voire une vedette un peu scandaleuse...

- Qui vous parle de ça ? Pour faire une bonne tournée, il faut une santé solide, une humeur à toute épreuve, des nerfs point surmenés, un estomac et un intestin bien disciplinés, et surtout cette sorte de nonchalance optimiste, ce fatalisme qui fait, d’une troupe en tournée, une caravane de pèlerins où la foi, latente, endormie, se manifeste rarement, mais suffit pourtant à les conduire, de station en station, vers le but jamais atteint, vers le repos... » (Notes de tournées)



PAYS NATAL
« Ressusciter ce que je fus !... Quelle femme n’a espéré le miracle ?
De grâce... donnez-moi de tendres crayons de pastel, des couleurs qui n’ont pas de nom encore, donnez-moi des poudres étincelantes, et un pinceau-fée, et... Mais non ! car il n’y a point de mots, ni de crayons, ni de couleurs, pour vous peindre, au-dessus d’un toit d’ardoise violette brodé de mousses rousses, le ciel de mon pays, tel qu’il resplendissait sur mon enfance ! » (Paysages et portraits)


« Un jardin sans source ne murmure pas assez et mes regrets ne se détachent pas encore des eaux vives de mon enfance, surgies à petit flot de ma terre natale, perdues sitôt que nées, comme du pâtre, des chemineaux, des chiens chasseurs, du renard et de l’oiseau. Une autre était dans un bois et l’automne la couvrait de feuilles mortes ; une dans un pré, sous l’herbe et si parfaitement ronde qu’une couronne de narcisses blancs, aussi ronde qu’elle-même, décelait seule sa place au printemps. Une coulait en musique d’une berge de route ; une était un joyau un peu bleu, tremblant dans une cuve de pierres grossièrement assemblées et des crevettes d’eau douce nageaient dans son ciel renversé. On m’assure que celle-ci est toujours aussi pure, mais qu’elle sautille, avec un vain effort de cristal, entre quatre parois de ciment, cadeau de la prévoyance humaine et je n’ai de goût que pour les sources sauvages, gardées par l’œil ouvert des myosotis et des candamines, par la grande salamandre tâchée comme un cheval pie. » (Flore et Pomone)


« Odeur des joncs riverains, de l’eau remuée et de la menthe grise, saveur douteuse et séductrice de la cornuelle, ce n’est pas cette année encore que vous échappez à qui sait vous enclore dans une chambre de Paris — en l’espèce un écrivain peu maîtrisé par son mal, mais secouru chaque jour par la fidèle mémoire de son cerveau et celle de ses vieux sens subtils. » (Le Fanal bleu)



PHILOSOPHIE DE VIE
« Une des grandes banalités de l’existence, l’amour, se retire de la mienne. L’instinct maternel est une autre grande banalité. Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux. Mais on ne sort pas de là quand ni comme on veut. » (La Naissance du jour)

« Si je me fais sauvage et muette quand je ne suis pas heureuse, c’est que je trouve mes ressources dans le silence et l’insociabilité. » (Lettres au Petit Corsaire)


« Tendre vers l’achevé, c’est revenir vers son point de départ. » (Discours de réception à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique)

« Demain, je surprendrai l’aube rouge sur les tamaris mouillés de rosée saline, sur les faux bambous qui retiennent, à la pointe de chaque lance bleue, une perle... Le chemin de côte qui remonte de la nuit, de la brume et de la mer... Et puis, le bain, le travail, le repos... Comme tout pourrait être simple... Aurais-je atteint ici ce que l’on ne recommence point ? Tout est ressemblant aux premières années de ma vie, et je reconnais peu à peu, au rétrécissement du domaine rural, aux chats, à la chienne vieillie, à l’émerveillement, à une sérénité dont je sens de loin le souffle — miséricordieuse humidité, promesse de pluie réparatrice suspendue sur ma vie encore orageuse — je reconnais le chemin du retour. « (La Naissance du jour)
« La règle guérit tout. » (La Naissance du jour)

« Enchantée encore de mon rêve, je m’étonne d’avoir changé, d’avoir vieilli pendant que je rêvais... D’un pinceau ému je pourrais repeindre, sur ce visage-ci, celui d’une fraîche enfant roussie de soleil... des joues élastiques achevées en un menton mince, des sourcils mobiles prompts à se plisser, une bouche dont les coins rusés démentent la courte lèvre ingénue... Hélas, ce n’est qu’un instant... L’eau sombre du miroir retient seulement mon image qui est bien pareille, toute pareille à moi, marquée de légers coups d’ongles, finement gravée aux paupières, au coin des lèvres, entre les sourcils têtus... Une image qui ne sourit ni ne s’attriste, et qui murmure, pour moi seule : ‘Il faut vieillir. Ne pleure pas, ne joins pas des doigts suppliants, ne te révolte pas : il faut vieillir. Répète-toi cette parole, non comme un cri de désespoir, mais comme le rappel d’un départ nécessaire... […] Eloigne-toi lentement, lentement, sans larmes ; n’oublie rien ! Emporte ta santé, ta gaieté, ta coquetterie, le peu de bonté et de justice qui t’a rendu la vie moins amère ; n’oublie pas ! Va-t’en parée, va-t’en douce, et ne t’arrête pas le long de la route irrésistible, tu l’essaierais en vain – puisqu’il faut vieillir !’ » (Les Vrilles de la vigne, « Rêverie de Nouvel An »)  


VIEILLESSE
« Mme de Cadalvène, Mme Piétresson de Saint-Aubin, Mme Moresset la mère, Mme de La Cour qui fûtes ambassadrice à Constantinople et finîtes châtelaine au domaine des Gouttes, Mme Jarry qui vous contentâtes d’être Mme Jarry, voici revenus sous ma plume vos noms de défuntes à la fin de ma propre vie. » (« Ces dames anciennes »)

« […] un écrivain peu à peu maîtrisé par son mal, mais secouru chaque jour par la fidèle mémoire de son cerveau et celle de ses vieux sens subtils » (Le Fanal bleu)

« Ô découvertes, et toujours découvertes ! Il n’y a qu’à attendre pour que tout s’éclaire. Au lieu d’aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac ? Rien ne dépérit, c’est moi qui m’éloigne, rassurons-nous. » (Le Fanal bleu)

« Tout ce qui m’a étonnée dans mon âge tendre m’étonne aujourd’hui bien davantage. L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. Le monde m’est nouveau à mon réveil chaque matin et je ne cesserai d’éclore que pour cesser de vivre. » (Le Blé en herbe, allocution prononcée à l’occasion de la sortie du film de Claude Autant-Lara en 1954).


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