AVENTURES QUOTIDIENNES


L’histoire de l’œuvre

Publié chez Flammarion dans la « Collection bleue » et mis en vente en janvier 1925, Aventures quotidiennes appartient à ces recueils qui témoignent de l’intense activité journalistique de Colette. L’ouvrage regroupe vingt-deux articles que l’écrivain donna au Figaro, à raison d’un par semaine entre le 29 avril et le 5 octobre 1924, sous la rubrique « L’Opinion d’une femme ». Il reprend la totalité des articles dans leur ordre chronologique de parution, offrant par là une cohérence exceptionnelle par rapport aux autres ouvrages du même type (Les Heures longues, Dans la foule, etc.)

 

Le fil du texte

Le titre oxymorique choisi pour le recueil marque son appartenance au genre de la chronique : il met l’accent sur une écriture qui se réclame d’un registre mineur, celui des micro-événements du quotidien dont il s’agit de faire surgir la part d’étrangeté et le potentiel d’étonnement et de fascination.
L’actualité du moment telle que la presse s’en fait l’écho – élections (« Foules ») et débats politiques (« Pédagogie »), faits divers policiers ou judiciaires (« Doubles », « Beauté », « Progéniture »), manifestations diverses (« Assassins », « Fleurs », « L’Usurpateur »), émois suscités par les accidents de la route (« Accidents de printemps ») ou la canicule (« Chaleur ») – fournit matière à ces chroniques et offre prétexte à anecdotes, réflexions ou commentaires qui se développent eux-mêmes avec une grande souplesse et une grande liberté sous la plume de Colette.
Mais si les textes relèvent de la chronique, c’est aussi par leur ancrage dans la continuité des jours – des indications de saisons, de mois ou de jours apparaissant souvent de manière indirecte au détour d’une phrase – et dans des lieux (le bois de Boulogne, Auteuil, la côte bretonne) familiers à l’écrivain.

 

Quelques pistes d’analyse

La diversité des sujets empruntés au jour le jour à ce qui fait l’actualité journalistique du moment (et dont « Journaux » propose en abyme une peinture réflexive et ironique),et/ou le quotidien de l’auteur, peut créer une impression de disparité que l’art de Colette s’emploie à réduire en jouant sur la variété des approches au sein d’un même texte. Anecdotes rapportées, courts dialogues insérés, descriptions, souvenirs, réflexions d’ordre plus général se mêlent à l’intérieur des textes ; la variété même de l’écriture – outre qu’est ainsi évité tout risque de lasser – confère son unité à l’ensemble par le jeu de la variation permanente.
Mais des relations souterraines s’établissent aussi entre les textes ; elles permettent à Colette de ré-orchestrer – et en jouant là encore sur la variation – ses thématiques majeures. Domine en particulier le regard curieux et fasciné de Colette sur l’obscurité et le mystère, qu’ils soient ceux des bêtes (« Mésanges » ou « Eté »), des plantes (« Fleurs ») ou des humains (« Assassins », « Doubles », « Combats »).
Toutes sortes de liens se tissent aussi avec les chroniques antérieures de l’écrivain, parfois dans un dialogue direct, tandis que l’évocation de l’enfance provinciale ou de Bel-Gazou rappelle La Maison de Claudine, et les textes sur la Bretagne l’atmosphère du Blé en Herbe. Inversement, ici et là sont amorcés telle remarque, évocation ou portrait qui trouveront dans la suite de l’œuvre (Mes Apprentissages, Le Pur ou l’Impur ou Bella Vista), et à plus d’une décennie de distance, un prolongement ou un développement.

 

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