PARIS DE MA FENÊTRE


 L’histoire de l’œuvre

L’édition originale date de 1942 avec le titre De ma fenêtre. En 1944, l’édition suisse porte le titre Paris de ma fenêtre, repris par l’édition de la Pléiade.     Après la débâcle et l’exode, Colette retrouve le Palais-Royal. Le Petit Parisien reparaît le 8 octobre 1940 et fait appel à elle pour des chroniques hebdomadaires. Rassemblées en dix sections puis augmentées d’une onzième, elles constituent l’ouvrage. La dernière chronique est datée du 11 décembre 1941 ; le lendemain, Maurice Goudeket, arrêté, est conduit à Compiègne. La guerre pour Colette prenait un tour tragique.

 

Le fil du texte

Ces chroniques destinées à ses « chères lectrices » qui la consultent sont les témoignages des souffrances des Parisiens marquées par le temps de l’histoire de l’Occupation. Elles ont un rôle utilitaire, répondre aux soucis quotidiens en temps de guerre : comment pallier la pénurie alimentaire, lutter contre le froid et ses effets, trouver des vêtements adaptés, ou effectuer des réparations… Tous ces conseils de bon sens prônent l’économie, la récupération, la débrouillardise et l’entraide pour résister durant ces « jours sombres où seuls l’espoir, le courage et la bonne humeur permirent aux Parisiens de ‘tenir’». Mais Paris de ma fenêtre est plus que cela. Colette ne peut rester longtemps sans évoquer ses souvenirs d’enfance, sa maison de Saint-Sauveur au moment de Noël et aussi les bêtes, victimes autant que les humains des conditions de vie difficiles.

Quelques pistes d’analyse

La faim et le froid sont les deux thèmes récurrents de ces chroniques qui regorgent de références vivrières et culinaires, thèmes que l’on retrouve également dans la correspondance de Colette, et maux dont elle souffrira souvent. Elle donne des recettes, dont celle de la « flognarde », des conseils pour se nourrir et révère son enfance campagnarde qui l’ « a préservée d’une des exigences citadines, celle de la viande ». Le froid sera son pire ennemi ; aussi elle avoue parfois être à court de conseils. Pourtant les manières de faire de Sido viennent à sa rescousse pour soigner les morsures du froid, transformer des vêtements ou cuisiner avec peu. Dans un recueil publié en 1917 Les Heures longues, Colette avait déjà écrit des articles sur la guerre. La singularité de Paris de ma fenêtre est que Colette s’adresse aux femmes, en tant que femme et écrivain connu et reconnu. Dans sa dernière chronique, elle les célèbre dans leur souci de rehausser leur beauté car « c’est attendre et déjà honorer la paix… » Colette refuse la déchéance physique et s’inscrit dans une forme de résistance : « Volonté de nous tenir droits, de ne pas autoriser que se forme, au-dessus de la nuque, la “bosse du chameau”, bourrelet qui courbe la tête et le cou, entraînant les épaules… ».

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