DISCOURS DE RÉCEPTION
À L’ACADÉMIE ROYALE BELGE


 L’histoire de l’œuvre

Colette fut élue à l’Académie Royale de Langue et Littérature françaises de Belgique le 9 mars 1936 pour succéder à la comtesse Anna de Noailles disparue en 1933. Le discours est publié : le fascicule de 32 pages édité à Liège par l’Académie Royale porte le titre Réception de Madame Colette/Discours de M. Valère Gille et de Madame Colette et le texte publié par Grasset le 30 avril 1936 en un petit volume de 59 pages intitulé « Colette/Discours de Réception à l’Académie Royale belge de Langue et de Littérature française ».

Le texte de Grasset est certainement postérieur de quelques jours au fascicule belge, peut-être distribué aux invités à l’issue de la cérémonie. Une dédicace autographe montre qu’en toutes circonstances Colette gardait le sens des réalités : « Ah ! quel trac ce jour-là ! — seul le dîner, belge et royal lui aussi, m’a rendu mes forces. »


Le fil du texte

Colette commence par rendre hommage à l’assemblée qui l’accueille, et ne cache pas l’émotion et l’angoisse qui furent les siennes en acceptant cette distinction imméritée à ses yeux car c’est le hasard qui a voulu qu’elle soit écrivain. Ses pensées vont vers son hôte, la Belgique dont elle apprécie l’accueil et la bienveillance. Elle se sent légitimée du fait que sa famille est belge par Sido. Elle trouve le ton pour vanter la gastronomie, et assure que l’esprit et l’amour abattent les frontières. Elle évoque ensuite son amitié avec Anna de Noailles, qui fut tardive et discrète. Mais Colette, rappelant l’environnement familier d’Anna de Noailles, veut la rendre vivante et présente jusque dans la voix qui lui demandait : « Vous n’aimez donc pas la gloire ? » Colette conclut qu’elle aime la gloire de la poétesse et prend à témoin son auditoire pour s’assurer qu’elle l’a bien servie. C’est un discours équilibré et habile.


Quelques pistes d’analyse

Deux axes traversent ce discours : la distance de l’écrivain à l’égard de son travail et la place d’Anna de Noailles.

Colette se dit « lucide » et « demeure [son] juge le plus sévère ». Elle estime que « l’écrivain qui perd le doute de soi » et « se fie à une soudaine euphorie, à l’abondance » se doit de poser sa plume. Elle s’interroge fréquemment au sujet de sa vocation, notamment dans ses lettres, mais elle écrira jusqu’à la fin de sa vie.
Concernant celle à qui elle succède à l’Académie, Colette n’entre pas dans les louanges mais fait le portrait d’une belle femme. Les rencontres, rares et brèves, n’ont pas pris la forme de rapports confidentiels et familiers. Leurs divergences ont été pour elles salutaires quant à leurs places respectives dans le monde et dans la littérature : Agora et poésie pour Anna de Noailles, « modestie passive » et prose pour Colette. La reconnaissance mutuelle permet à Colette de se démarquer de la poétesse et de prendre la première place du « roman féminin ». Elle fera plus tard le portrait d’Anna de Noailles dans Trait pour trait.

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