LA MAISON DE CLAUDINE


 L’histoire de l’œuvre

Automne 1921 : Colette emmène au village natal son beau-fils Bertrand. 30 des 35 nouvelles de l’édition définitive (1930) paraissent du 15 octobre 1921 au 24 juin 1922, la plupart dans Le Matin, les 5 dernières suivant l’originale (fin juin 1922), le choix et l’ordre variant jusqu’en 1930.

 

Le fil du texte

Récits courts, appropriés à la rubrique des « Contes des mille et un matin ». Le recueil de 1922 les ordonne selon une chronologie souple, du premier mariage de la mère (« Le Sauvage ») aux temps, pour l’auteure, de la solitude parisienne et du passage dans la famille Jouvenel, évoqués dans six histoires de bêtes. Mais il jalonne et clôture le temps de l’enfance et de la prime émancipation de sept nouvelles qui présentent Sido de manière plus générale : « Où sont les enfants ? » – en tête du recueil –, « Ma mère et les livres », « Ma mère et les bêtes », « Ma mère et le curé », « Ma mère et la morale », « Ma mère et la maladie », « Ma mère et le fruit défendu », centrant les autres sur « La Petite », le père, le frère cadet, la sœur aînée, pour se disperser ensuite en anecdotes villageoises. L’édition définitive ajoute à cet ordre et le ferme des quatre nouvelles où paraît la fille de Colette, sous le nom hérité de Bel-Gazou.

Quelques pistes d’analyse

Autobiographie fragmentaire, mais aussi bain de jouvence pour se rapprocher d’un jouvenceau. Colette dédie à Bertrand de Jouvenel – « à l’un de mes enfants » –  les placards de l’originale. Le prénom de couverture, propre à rappeler la série salace des premiers romans et en exploiter paradoxalement le succès, n’apparaît que là, les nouvelles ne connaissant sous le nom de Colette que le père de la narratrice ou la narratrice elle-même. Plutôt que la maison, qu’on ne voit guère (« Amour »), c’est le jardin, « La Petite », « Épitaphes »), la vie familiale (« Maternité »), le village (« La Noce »), la région (« Propagande »), qui alimentent le contenu. Généralement plaisants, mais non dénués d’émotion, ces récits se présentent comme l’exploitation de souvenirs, principalement de l’enfance à Saint-Sauveur, et dès « Le Rire » – sans souligner le changement, mais sans le cacher tout à fait – de Châtillon-Coligny, où la famille a déménagé, où Colette s’est mariée et où le père meurt. En quoi la « maison de Claudine » fait voyager son monde – des six histoires de bêtes finales, cinq ont lieu à Auteuil, une en Corrèze (« Le Veilleur »). Le personnage de la mère, absent des premières préoriginales, aura connu une croissante emprise que confirme l’ordre définitif du recueil, les dernières histoires de bêtes et la venue de Bel-Gazou faisant diversion à sa mort.

L’accueil de la critique

Aux yeux des premiers critiques, le recueil, placé sous le signe de la dignité perdue, la restaure. Les critiques suivants souligneront l’ambiguïté et le caractère inventif de l’écriture. « Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques-unes sont des ravins, c’est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là-bas, aussi loin qu’on peut voir… Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand-chose, les bois superbes dévorant tout. »

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un extrait lu par
Edwige Feuillère