LA SECONDE


 L’histoire de l’œuvre

Colette avait eu l’idée de ce roman dès août 1922. Difficile à écrire, comme elle le confie à Marguerite Moreno, il avait pour titre provisoire Le Double. Achevé le 31 décembre 1928, La Seconde paraît avec quelques coupures, du 1er janvier au 1er mars 1929, sous forme de feuilleton dans Les Annales, la revue que dirige Pierre Brisson. Le roman est publié en mars 1929 chez Ferenczi, et parallèlement, chez Grasset. Colette travaillera à une adaptation théâtrale avec Léopold Marchand, mais la pièce ne sera créée qu’en 1951 au théâtre de la Madeleine, avec Maria Casarès dans le rôle de Fanny.
La Seconde est disponible aux éditions Fayard.

Le fil du texte

L’histoire est composée de courts chapitres évoquant l’évolution d’une relation triangulaire où la rivalité entre deux femmes amoureuses d’un même homme se transforme en une solidarité complémentaire face à l’incurable désinvolture masculine. Le contexte — le théâtre et plus précisément le théâtre de boulevard des années vingt — favorise le mélange de la fiction et de la réalité et fait alterner deux rythmes : celui volontairement lent de la découverte progressive par Fanny de la trahison de son amie, sous le regard attentif de son beau-fils, et celui de Farou, homme de théâtre pris dans l’effervescence des répétitions et de la création, qui apparaît et disparaît au cours du récit comme un personnage de second rôle sur scène.

Quelques pistes d’analyse

Ce roman, comme Julie de Carneilhan, n’est pas sans lien avec le vécu de Colette et sa relation avec Henry de Jouvenel. L’amitié qui unit Fanny et Jane rappelle celle de Colette pour sa rivale, Germaine Patat. Le personnage de Farou rejoint le portrait type que l’écrivain ne cesse de donner de l’homme en général : passif, « au-dessous de tout », au point de préférer la fuite à toute discussion, il n’est qu’un séducteur volage dont le talent reste aux yeux de Fanny semblable à un « capricieux travail de femme ». Le personnage féminin en revanche sait, hors de toute morale, faire front aux trahisons. La jalousie ne transforme pas Fanny et Jane en victimes éplorées. Elle développe une rassurante complémentarité féminine qui trouve sa raison d’être dans le fondamental instinct de survie de la femme. Cette complémentarité est concrétisée par la description des deux personnages féminins au travers de thèmes ou de motifs récurrents comme celui de la chevelure, à forte valeur symbolique. Colette a déjà exploité cette situation dans une nouvelle de La Femme cachée, « Le Portrait », où deux amies finissent par mépriser l’homme qu’elles ont toutes deux aimé.

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