La maison natale de Colette est un lieu unique du patrimoine littéraire français, à la fois lieu de vie et véritable personnage littéraire au cœur de l’oeuvre d’un des écrivains les plus originaux et les plus libres de la littérature française.

Sidonie Gabrielle Colette y est née le 28 janvier 1873 et y a passé ses dix-huit premières années. Période de formation, c’est aussi pour « Gabri » une période d’intense bonheur auprès de sa sœur et de ses frères, de son père, le capitaine Jules Colette, et de sa mère Sido. Celle-ci dira plus tard l’écrivaine fut « le personnage principal de toute son existence ». Elevée en Belgique, à Bruxelles, auprès de ses frères journalistes, Adèle Sidonie Landoy a vécu entourée d’artistes, d’écrivains et de philosophes, tous libres penseurs. De cette éducation à part, elle garde des idées avancées qui se manifestent par la défense des plus humbles et le respect forcené de la vie dans toutes ses formes et une grande défiance à l’égard de la religion. « Regarde ! » est le grand enseignement de Sido à sa fille. L’attention au réel dans ce qu’il peut avoir de plus infime et de plus éphémère. L’observation avant toute forme de jugement. Les principes cardinaux du futur style de l’écrivain.

 

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En 1891, les Colette sont contraints de quitter la maison. Problèmes financiers, mauvaise réputation dans le village, ils doivent partir. Ils s’installeront à une trentaine de kilomètres, dans le Loiret, à Châtillon-Coligny. Pour la jeune Colette, ce départ est un véritable traumatisme. Prompte aux confidences, l’écrivaine refusera plus tard de s’exprimer sur ce départ et sur les dix-huit mois qu’elle passa ensuite à Châtillon avant d’épouse Willy et de partir pour Paris.

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Devenue écrivain, elle n’aura de cesse de reconquérir par l’écriture ce paradis perdu et de célébrer les charmes du  passé et de l’enfance. Alchimie de l’écriture, la colère et le regret qui marquent la série des Claudine, ses premières œuvres, se transformeront peu à peu en véritable matériau littéraire où domine l’art et le plaisir du souvenir, comparable à celui de Proust.

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En 1925, François Ducharne, un de ses lecteurs, sensible à cet attachement viscéral à la maison de Saint-Sauveur, décide de la racheter et de la donner en usufruit à l’écrivain. Colette veut y revenir, s’y installer. Elle demande qu’on récupère le mobilier autrefois dispersé lors d’une vente aux enchères. Mais la haine des habitants de Saint-Sauveur contre les Colette n’est pas éteinte, alimentée au contraire par la publication des Claudineet le scandale qui entoure la vie de leur auteur. Elle n’y reviendra donc qu’épisodiquement, y emmenant ceux qu’elle aime comme en pèlerinage.

Ducharne

En 1951, Colette est désormais immobilisée par l’arthrose dans son appartement du Palais-Royal. M. Ducharne décide de vendre la maison au dernier locataire-gardien que Colette y avait installé, M. Muesser. A un journaliste venu l’interviewé, elle confie : « Je garde toujours sur moi une photographie de ma maison natale », inscrivant sous une lithographie de Luc-Albert Moreau représentant la cour intérieure de la maison : « J’aimerais bien aussi y mourir. »

Gravure maison annotée

Après une longue et difficile mobilisation, la maison de Colette a été rachetée par l’association « La Maison de Colette » avec le soutien de la Société des amis de Colette. Elle a été protégée au titre des monuments historiques, la maison natale de Colette bénéficie du label « maison des illustres. » Elle est pour des milliers de lecteurs de Colette en France et dans le monde un lieu emblématique.

Photo maison (Fouin)

La maison a ouvert ses portes au public au mois de mai 2016 après trois années de travaux de réhabilitation. Les intérieurs et les jardins de Colette ont été reconstitués tels que l’écrivain les a connus et décrits afin de restituer le plus fidèlement possible le décor intime de la famille. Les papiers peints dont des fragments ont été retrouvés sur place ont été refabriqués avec les techniques de l’époque, les murs refaits à base de chaux, les boiseries restaurées selon des techniques anciennes… Grâce aux dons des collectionneurs et à l’intervention subtile du décorateur Jacques Grange, grâce surtout aux textes de Colette, le lecteur fait un voyage à rebours pour se retrouver dans le décor qui fut celui de la jeune Colette dans les années 1880.

La maison se visite toute l’année en compagnie d’un guide. 

Renseignements pratiques et réservations sur le site : www.maisondecolette.fr

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