LETTRES À ANNIE DE PÈNE

ET À GERMAINE BEAUMONT


 L’histoire du texte

Les Lettres de Colette à Annie de Pène et Germaine Beaumont sont présentées par Francine Dugast et ont été éditées par Flammarion en mai 1995. L’introduction et l’index situent les deux interlocutrices de l’écrivain, dans la vie littéraire de la première moitié du XXe siècle.
Cet ensemble épistolaire comporte 85 lettres et billets ou cartes postales qui se déploient sur 40 années. Les lettres de Colette à Annie de Pène, numérotées 1 à 85, datent de 1914 à 1918 et 5 lettres de Henry de Jouvenel (époux de Colette) à Annie de Pène, numérotées I à V, de 1914-1915 ; 147 lettres de Colette à Germaine Beaumont, numérotées 1 à 147, couvrent les années 1915 à 1953.

Le fil de la correspondance

Cette correspondance unilatérale laisse deviner ce qui se dit, se cache, et se joue dans les textes perdus des deux amies de Colette. L’éclatement des lieux de vie et la chronologie traduisent l’intense activité des trois femmes et témoignent aussi de l’Histoire tout en brossant par petites touches de très fins portraits de femmes. Les en-têtes et leurs rappels dans le corps des lettres ainsi que les formules finales témoignent de relations qui célèbrent l’Amitié. Affection intense et complicité dominent : l’engagement des épistolières est total.

Quelques pistes d’analyse

L’écriture épistolaire pendant les deux guerres mondiales, et notamment pendant la Grande Guerre, par opposition à celle des années de paix, transforme sensiblement la perception du monde et la nature des échanges, même si le quotidien et le pittoresque sont toujours présents.
Pendant la Grande Guerre, écrire, c’est d’abord combler l’absence du destinataire, d’où les motifs récurrents de la séparation involontaire, de l’inquiétude qui naît du manque de nouvelles. On ressent très fortement le poids de la privation de liberté et la remise en cause de la vie telle qu’elle s’était construite.

Écrire, c’est aussi parler de la guerre, des combats, des stratégies des politiques, des privations. C’est écrire l’Histoire. Si le point de vue de Colette reste littéraire — elle ne s’engage pas —, on comprend qu’Annie de Pène ne suit pas la même voie. Compagne de Gustave Téry, restée à Paris, elle n’hésite pas à écrire une lettre ouverte au Procureur de la République le 25 janvier 1918 pour protester contre les calomnies dont elle est l’objet après avoir publié certains reportages.

Bien sûr, l’écriture célèbre aussi l’amitié et l’amour. L’intimité éclôt sous les mots. Mais si les relations entre Colette et Annie de Pène sont empreintes d’égalité, de partage et d’une grande complicité, celles entre Colette et Germaine Beaumont témoignent davantage d’une hiérarchie, — « ma fille choisie » écrit Colette à Germaine — et éclairent la susceptibilité de cette dernière vis-à-vis de son aînée.

Enfin, ces lettres illustrent l’activité professionnelle des trois femmes. Choix et traitement des sujets de chroniques, de romans, projets d’avenir, importance du cinéma pour Colette notamment, prix et récompenses concernent surtout l’activité de Colette puisque nous ne disposons que de ses lettres. Pour autant, il est aisé de reconstituer par exemple le parcours de Germaine Beaumont à travers ces 40 années d’échanges.

Lire ces lettres, c’est aussi découvrir des tonalités variées et un style tout à la fois élaboré et spontané qui témoignent d’un art remarquable.

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