LETTRES À MARGUERITE MORENO


 L’histoire du texte

L’ouvrage, édité et annoté par Claude Pichois chez Flammarion en 1959, couvre 46 ans de correspondance, depuis 1902 – l’amie, de deux ans « aînée » de Colette, a alors 31 ans – jusqu’au 8 juillet 1948, une semaine avant son décès. Neuf portraits de M. Moreno à diverses époques figurent au début.

Le fil de la correspondance

Le recueil comporte plus de 300 pages des lettres connues de Colette à M. Moreno et de 10 réponses de cette dernière. L’échange se place d’emblée sous le signe de la conversation volontiers facétieuse, dans une extraordinaire liberté de ton et de style, qui donne à percevoir la complicité absolue des deux femmes. Même si « Moreno » est d’abord le rude vocable qui amorce les lettres de Colette, il est vite relayé par « Ma Marguerite » et « Ma chère âme », tandis que celle-ci invente l’apostrophe définitive « Macolette ».

Cette correspondance ponctue les diverses parutions de Colette toujours appréciées par son amie (Chéri, La Fin de Chéri, La Naissance du jour…) ainsi que la carrière de M. Moreno, comédienne entrée à la Comédie française à 19 ans, qui triompha dans La Folle de Chaillot à… 74 ans.

Le courrier circule la plupart du temps entre leurs appartements parisiens successifs, puis Marguerite se fixe plus ou moins, en 1925, à Touzac, sa terre lotoise, où il y a des paons et une source bleue qui fascinent Colette. En fin d’ouvrage figurent des lettres de Colette à Pierre Moreno, neveu de Marguerite, de 1948 à 1953.

Quelques pistes d’analyse

Marguerite Moreno fut l’Amie. L’affection totale qui les lie donne l’image de deux sœurs d’élection, qui se vouent une vive tendresse, visible en maintes formules affectueuses. Si éloignées soient-elles l’une de l’autre par leur métier, elles reconstruisent dans leurs lettres les plus simples une extrême proximité affective. Aussi vagabonde que Colette à cause des répétitions théâtrales et représentations à l’étranger, puis des tournages, Marguerite suscite chez son amie des aveux systématiques de regrets, ou d’impatience, tant les retrouvailles, rares, lui sont précieuses.

Ainsi l’existence de la comédienne nous vaut l’apparition de tout ce qui compte alors de figures à la scène et à l’écran, d’auteurs de comédies ou de scénarios (comme Sacha Guitry, Pierre Blanchar, que Colette connut personnellement).

Mais leur amitié donne surtout lieu à une chronique intime, où l’élégance de l’humour préserve les partages plus profonds. De la sorte, deux figures masculines prennent vie discrètement : Maurice Goudeket, le mari de Colette rencontré en 1925 grâce à Marguerite, plus présent que dans d’autres correspondances, toujours campé en homme calme malgré les épreuves ; Pierre Moreno : neveu par alliance et tendre ami, il fait fructifier le fief lotois ; il joue en 1944 un grand rôle dans la résistance du Sud-Ouest qui lui vaut deux arrestations. Marié après la guerre, il a une première fille dont la naissance en 1947 émeut les deux amies.
Voir également l’article composé par Colette pour Le Figaro littéraire du 11 septembre 1948, recueilli dans Le Fanal bleu et certains comptes rendus citant Moreno dans La Jumelle noire.

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