Les médailles du capitaine Colette

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Une, deux, trois, quatre, cinq… huit médailles épinglées à un revêtement intérieur de moire rouge. La légion d’honneur remise après qu’en Italie, à Melegnano, le 8 juin 1859, un boulet autrichien lui a fracturé le col du fémur et qu’on a dû lui amputer la jambe gauche. Colette raconte :

« Fournès et Lefèvre s’élancent, le rapportent : « Où voulez-vous qu’on vous mette, mon capitaine ?

– Au milieu de la place, sous le drapeau ! »[1]

Ces « mots » du Capitaine rapportés par les eux soldats du 1er zouave, furent transmis à l’intéressé. Qui rectifia :

« La légende de mes paroles sur la perte de ma jambe est exacte, (…), sauf que les mots sont un peu différents. J’ai ajouté : « C’est fini de danser ! » Il faut dire que j’ai été à ma période de sous-lieutenant et de lieutenant au 1er zouaves un danseur fantaisiste très renommé… Au bal de Blidah ! j’attirais une foule énorme. »[2]

Des deux versions, je ne sais laquelle je préfère.

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Les médailles du Zouave, la fierté du Capitaine, avaient trôné en bonne place dans la maison de Saint-Sauveur puis à Châtillon. Après la mort de son père, Colette les conserva. Mais en 1909, Sido les lui réclame pour de sombres problèmes de successions. L’argent, encore, menace de manquer. Elle s’en explique dans une lettre du 23 janvier 1909 :

 « Heureusement toi et Léo vous avez accepté la succession de papa sous bénéfice d’inventaire (…). Car sans cela, à ma mort, les Roché pouvaient vous réclamer cent cinquante mille francs (..), et même, puisque les croix de papa sont dans l’inventaire, il faut que tu me les rendes car, comme elles sont en ta possession c’est que tu serais entrée, ou plutôt, que tu aurais accepté la succession. »[3]

 Colette a renvoyé le précieux dépôt à Châtillon. Elles y étaient encore à la mort de Sido, puis à celle d’Achille, jusqu’à ce que la fille du Capitaine les revendique à nouveau. À la fin des années 30[4], elle écrit à sa belle-sœur, Jeanne, la veuve d’Achille :

 « Chère Jeanne,

Soyez un chic type : renvoyez-moi les décorations et souvenirs de papa, vous me ferez vraiment plaisir. D’avance merci, et toutes mes amitiés ainsi qu’à la famille,

Colette »[5]

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 Elle les avait reçues, immeuble Marignan, rue des Champs-Elysées, puis conservées 9 rue de Beaujolais, au 1er étage. Non loin du daguerréotype retrouvé de sa grand-mère maternelle, Sophie de Châtenay, des lettres de Sido et de la photo de la maison natale qu’elle conservait, confiait-elle en 1952 à un journaliste des Lettres françaises : « J’ai toujours avec moi le portrait de ma maison natale… » Le décor d’un paradis perdu.

 Grâce à la générosité de Michel Remy-Bieth, les médailles retournent à Saint-Sauveur. Avec elles, objets, photographies, livres, lettres et manuscrits feront revivre la maison de Colette.

 

Frédéric Maget  (extrait de Hommage à Michel Remy-Bieth, éd. Société des amis de Colette)

 

[1] Colette, « Le Capitaine », Sido (1930), Paris, Gallimard, La Pléiade, t. III, 1991, p. 521.
[2] Cité dans Claude Pichois et Alain Brunet, Colette (1999), Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 26.
[3] Sido, Lettres à Colette, texte préfacé, établi et annoté par Gérard Bonal, Paris, Phébus, 2012, p. 232.
[4] La lettre de Colette à Jeanne Robineau-Duclos est écrite sur papier à en-tête de l’immeuble Marignan où Colette habita de février 1935 à janvier 1938. En l’absence d’autres indices matériels, nous ne pouvons pas la dater plus précisément.
[5] Collection Michel Remy-Bieth.

 

 

 

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