« Pour ma part, ayant toujours accordé le titre de Madame à celle que j’allais visiter entre les murs de sa chambre rouge, c’est ainsi, aujourd’hui encore, que je continuerai de l’appeler : Madame Colette. Etait-ce en 1949 que je la vis pour la première fois ? Je le crois. « Le Fanal bleu » venait de paraître. L’arthrite l’immobilisait déjà. Elle était passée du fauteuil roulant à son « lit-radeau » qu’elle ne quittait plus. Et à cette citoyenne du Palais-Royal, trônant dans un grand désordre de manuscrits sur papier bleu, ce Madame convenait bien. Du reste, il ne lui déplaisait pas. N’avait-il pas été de rigueur pour des filles de roi .
Madame Colette fut un libre génie. Son destin l’exigeait. Ainsi ne ressembla-t-elle, dans ses premiers écrits, à aucun des écrivains qui collaboraient à la « fabrique littéraire » de son mari, alors qu’il eût été normal que, jeune et inexpérimentée, elle subisse leur influence. Elle ne porta pas davantage la marque des féministes de son époque. Elle fut aussi éloignée de la littérature officielle de son temps que de la littérature facile. Elle ne devait rien non plus au naturalisme, rien au roman d’art : elle innovait et se situait dans une zone singulière où elle se trouvait seule. »
Edmonde Charles-Roux, Cahiers Colette n°7, 1985.

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