NOTES DE TOURNÉE


 L’ histoire de l’œuvre

Bien que Notes de tournées figure dans l’édition des Œuvres de Colette (Pléiade, t. II) comme une œuvre à part entière, ce court texte n’a jamais fait l’objet d’une publication séparée. Colette avait d’abord publié en 1909 dans la revue Akademos, dirigée par Jacques Adelsward-Fersen, puis, vingt-six ans plus tard, en 1935, dans Le Figaro littéraire, une série de courts textes inspirés de sa première tournée Baret (avril-mai 1909). Selon un procédé récurrent dans l’œuvre, Colette reprend ces textes en 1935 sous le titre « En tournée » dans le Cahier troisième, publication de luxe à tirage limité éditée par « Les Amis de Colette » et accompagnée de six lithographies du peintre Luc-Albert Moreau. Les Notes de tournée paraîtront sous leur titre définitif dans Mes cahiers (Armes de France, 1941) et seront reprises dans Belles Saisons (Flammarion, 1955).

 

Le fil du texte

Dans Notes de tournée, Colette évoque sa première tournée Baret. Forte de ses succès de mime, notamment dans La Chair, elle avait été engagée par l’impresario Charles Baret pour une tournée d’un mois lors de laquelle elle joua Claudine à Paris. La tournée débuta le 14 avril 1909 à Nevers et s’acheva le 16 mai à Saint-Quentin. Le lecteur suit l’actrice dans son périple, au gré de ses étapes. Nevers, Auxerre, Dijon, Belfort, Nancy, Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Bordeaux, Brest, Rennes, Caen, Rouen, Amiens, Lille… En tout trente-deux villes, qui sont comme autant de stations dans la lecture. Colette y évoque les gares et les hôtels minables, les paysages vus ou entrevus derrière la vitre du train, et bien sûr ses camarades de tournée, dont elle esquisse, à la manière de Balzac, la physionomie.

 

Quelques piste d’analyse

Les Notes de tournée ont été publiées dans le tome II des Œuvres de Colette dans la Pléiade et placées, pour des raisons à la fois chronologiques et thématiques, juste avantL’Envers du music-hall (1913). On retrouve dans ces deux textes la même volonté de dépeindre « l’envers de ce que les autres regardent à l’endroit », et la même empathie pour les compagnons de tournée, « ces abeilles pauvres et sans butin », véritables prolétaires du théâtre pour lesquels Colette a toutes les tendresses. Mais là où L’Envers du music-hall s’attarde, Colette dans Notes de tournée esquisse. Bien qu’aucun manuscrit du texte n’ait été à ce jour retrouvé, qui permettrait d’en savoir plus sur la genèse de l’œuvre, on imagine volontiers des morceaux de nappe, des pages arrachées dans un cahier, des factures, des papiers épars couverts d’une écriture empressée. Un texte écrit dans une gare, dans un train, sur un lit à la lumière d’une bougie. Dans l’urgence. Une écriture en mouvement. C’est là un des traits saillants de ces Notes de tournée. Peu de notations temporelles, hormis l’horaire d’un train. Les notations spatiales dominent au gré des déplacements. Les paysages sont le plus souvent décrits depuis le wagon en mouvement où se trouve l’auteur. L’effet produit par la vitesse sur l’écriture est saisissant dans bien des descriptions[1] des Notes de tournée qui pourraient évoquer certains tableaux impressionnistes. Plus qu’un journal intime marqué par le temps qui passe, c’est plutôt un carnet de voyages à la façon de ceux des peintres, une série de croquis et d’esquisses.

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