DUO


L’histoire de l’œuvre

Mariés depuis dix ans et profondément complices, Alice et Michel prennent quelques jours de vacances dans leur maison de campagne à Cransac. Mais dès le début de leur séjour, leur bonheur vole en éclats : Michel surprend Alice en train de dissimuler une lettre, qui s’avère être celle de son ex-amant, Ambrogio, l’associé de Michel.

 

Le fil du texte

Commence alors un huis-clos douloureux entre les deux époux : blessé, Michel préfère se morfondre dans sa jalousie, alors qu’Alice tente de le convaincre qu’ils peuvent encore être heureux, et que cette brève liaison purement sensuelle n’ a eu aucune importance pour elle. Après une ultime explication qui semble l’apaiser, Alice va se coucher en laissant Michel méditer sur l’avenir de leur mariage. À l’aube, sa décision est prise, et cet époux meurtri, conscient que sa vie a été irrémédiablement bouleversée, trouvera l’oubli définitif dans la rivière qui borde sa propriété.

 

Quelques pistes d’étude

Aucune voix narratrice n’intervient explicitement dans ce texte qui enregistre les scènes, paroles et gestes, qui transcrit les réflexions intérieures et les impressions. Ainsi chaque personnage est-il décrit à travers le regard de l’autre : la beauté persistante d’Alice, l’élégance fatiguée de Michel. Tout est observé : les moindres manifestations physiques des émotions, le chant des rossignols, les bruits nocturnes autour du château. Les notations poétiques orchestrent l’histoire.

Constitués d’émotions vives et de résolutions contradictoires, ces personnages flottent de façon très moderne. Du récit de leur cheminement intérieur surgit le passé, l’ancrage de Michel dans son pays natal, la jeunesse d’Alice dans un milieu « artiste », chaleureux et désargenté (celui du Toutounier).

Le « duo » apparaît comme représentatif de la guerre entre les sexes, qu’incarne à l’état brut la servante Maria, battue à coups de tisonnier par son mari qu’elle harcèle. Un monde balzacien se dessine, celui des subordonnés, des villageois aux regards scrutateurs (il faut sans cesse sauver les apparences). Face à ce chœur malveillant le couple des maîtres se hausse au niveau de la tragédie, les dernières lignes accomplissant discrètement la catastrophe qu’annonçaient les eaux montantes.

L’accueil de la critique

L’ouvrage fut reçu très favorablement, les critiques appréciant cet art d’exprimer plus que d’expliquer, et le charme du récit malgré la « médiocrité » des personnages.

L’histoire de l’œuvre

Esquissé avant la guerre dans quelques « contes » donnés au Matin en 1912, ce roman a d’abord été pensé comme une pièce de théâtre, vers 1919. C’est alors, durant l’été 1919, que Colette semble avoir renoncé à un traitement dramatique (en attendant une future adaptation théâtrale de ce qui était devenu un roman) pour passer à un mode d’écriture permettant une évocation plus précise du cadre social dans lequel s’inscrit l’intrigue. Publication préoriginale dans La Vie parisienne au premier semestre de 1920 ; publication originale chez Fayard en juillet 1921.
Édition de référence : Œuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. 1986 (Cl. Pichois et M. Raaphorst-Rousseau).

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