GIGI


 L’histoire de l’œuvre

Le recueil paraît en juin 1944 à la Guilde du livre à Lausanne sous le titre Gigi et autres nouvelles. « Gigi » a été écrit au cours de l’été 1942 et diffusé en feuilleton. « Flore et Pomone », achevé en avril 1943, est rédigé et édité pour une exposition de la galerie Charpentier. « La Dame du photographe » est achevé en janvier 1944. « L’Enfant malade », écrit « pour défier le sort et la longueur des heures », est terminé en septembre 1944. On ne sait quand a été écrit « Noces », qui rejoint Broderie ancienne en décembre 1944. Ferenczi reprend Gigi en 1945.

Le fil de l’œuvre

« Gigi » conte l’histoire d’une grande adolescente, dans le demi-monde que Colette évoque également dans Chéri et L’Étoile Vesper. L’héroïne, que son entourage destine à une carrière de courtisane, interroge par sa seule présence le monde qui l’entoure. Belle, naïve, sincèrement éprise tout à coup de l’homme riche qui doit lui « faire un sort », elle le conduit sans l’avoir cherché à la demander en mariage. L’œuvre a plu par le charme du retour à la Belle Époque, le thème renouvelé du prince et de la bergère, les croquis souvent cocasses, l’évocation sans fard et sans préjugé d’une éducation orientée vers la prostitution de luxe.

« L’Enfant malade » transcrit les rêves d’un garçon de dix ans qu’une poliomyélite a paralysé. La fièvre lui permet de transfigurer les mots, les personnages qui l’entourent et son propre corps, jusqu’à ce que la guérison survienne, le laissant quelque peu « désappointé ». Ce texte où Colette s’accorde le droit de « battre la campagne » avec son jeune héros fiévreux, joue sur la matière sonore des mots et sur l’imaginaire des éléments, suscitant des effets poétiques intenses.

La même tentation mortelle surgit dans « La Dame du photographe » : Colette, narratrice, rencontre Mme Armand, grâce à une enfileuse de perles qui est sa « payse ». Après une tentative de suicide dont elle est sauvée, l’héroïne se défend auprès de la narratrice d’avoir été conduite à ce geste par la neurasthénie : elle s’est seulement sentie accablée par sa « petite vie ». L’approche de la mort ne lui a pas apporté d’« apothéose » ; elle demeure, « mince et solitaire, mais non pas vacillante. » Derrière cette Emma Bovary renaissant avec un courage discret se détachent ceux que Colette nomme ses « passants des époques lointaines », un monde modeste et digne.

Dans « Flore et Pomone » se succèdent les mimosas altérés d’un jardin méridional, les iris naissants, des éclosions multiples, associés à des souvenirs d’époques diverses : la taille des vergers, l’herbier des explorateurs, les jardins-jouets des enfants, les parcs d’autrefois, les jardins de Paris, celui de Jacques-Émile Blanche, etc. Ce montage brillant annonce L’Étoile Vesper et Le Fanal bleu.

« Noces » clôturait le recueil dans la première édition, en réplique ambiguë à « Gigi » : un récit retenu et grinçant évoque le mariage de 1893, des instants fugitifs, des accès de jeune gaieté, de sombres présages — échos de Mes apprentissages. Les dernières lignes évoquent Sido « abandonnant son visage à une expression d’affreuse tristesse ».

L’accueil de la critique

La critique note que « tout Colette » se trouve dans ce recueil. Mais le succès de « Gigi » va occulter les autres nouvelles dans de multiples adaptations, aux États-Unis notamment : pièce de théâtre, comédie musicale, films… L’écrivain elle-même déclare : « J’ai dû, comme disent les dentistes, « toucher un nerf » ». Ce retour à un mythe charmeur, cette image bien répertoriée d’une France rassurante consolaient un public marqué par la guerre.

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un extrait lu par
Colette