LA NAISSANCE DU JOUR


 L’histoire de l’œuvre

La Naissance du jour paraît dans La Revue de Paris au début de 1928, puis aux éditions Flammarion à la fin du mois de mars. Dès juillet 1927 Colette relisait les lettres de sa mère pour en « extraire quelques joyaux », et dans sa correspondance elle fait part souvent des difficultés extrêmes de la composition. Sido, publié en 1930, prolonge le cycle maternel.

Le fil du texte

Écrit à la première personne, l’ouvrage ne saurait être étiqueté comme genre littéraire. Une belle ouverture lyrique célèbre la mère, puis les séquences successives prennent la forme d’une sorte de journal, dans lequel la narratrice effectue d’abord un bilan (Colette a cinquante-cinq ans), avant d’entrelacer les menus événements d’un été à Saint-Tropez et les réflexions inspirées principalement par les passages des lettres de Sido. Au fil des rencontres, conversations, visites et repas amicaux, se noue une intrigue triangulaire : un jeune voisin, Vial, dont s’est éprise Hélène, une jeune femme peintre, s’est attaché en fait à celle que tous désignent comme « Madame Colette ». Celle-ci, au cours d’un long entretien nocturne qu’elle retrace, lui ôte tout espoir, faisant en sorte que s’accomplisse le dessein d’Hélène — celle-ci lui annoncera avec reconnaissance le rapprochement avec Vial, qu’elle considère comme une réussite. Dans les pages finales, la narratrice prend acte d’une sérénité recouvrée, d’un dépassement dans l’ouverture au monde.

Quelques pistes d’analyse

La Naissance du jour repose sur un curieux « pacte autobiographique ». Certes le nom présent sur la couverture authentifie les faits vérifiables qui abondent. Mais l’épigraphe, empruntée au livre lui-même, nuance la véracité : « Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? Patience : c’est seulement mon modèle ». Le roman, car c’en est un, articule très subtilement autobiographie et fiction. Il évoque les artistes à Saint-Tropez, pose les problèmes de l’art pictural et de l’écriture. La structure du journal facilitant la multiplication des descriptions, Colette rivalise avec les peintres : portraits colorés, marines, évocations des aubes et des crépuscules, le « bleu mental » qui caractérise une Provence ancienne, admirable et menacée.
L’épanouissement du corps naît des bains, de la mer, de la végétation, du soleil, de la faune réticente et complice, des nuits à la belle étoile — une vie édénique. La tentation des amours « dessaisonnées » s’éloigne. Au terme des enseignements de « Sido » et du cheminement intérieur prêté à la narratrice, le dénouement magnifie une forme de sagesse qui devient exemplaire (au sens éthique) : double « modèle », car les lettres de Sidonie Colette, qui déclenchent les fragments d’essais, ont été remaniées abondamment par Colette. Le titre même évoque un moment privilégié du jour tout en symbolisant un rebond paradoxal de la maturité.

L’accueil de la critique

Cette œuvre éminemment poétique, de construction inattendue, déconcerta quelque peu les critiques, et Colette avoua à l’un d’eux : « Vous avez flairé que dans ce roman le roman n’existait pas ».

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un extrait lu par
Gérard Bonal