LE VOYAGE EGOÏSTE


L’histoire de l’œuvre

Sous le titre Le Voyage égoïste, sont parues deux éditions. La première en 1922, composée de douze nouvelles avec douze lithographies de Charles Guérin. La seconde en 1928, publiée par Ferenczi, ne conserve que quatre textes qui étaient déjà des reprises du recueil La Chambre éclairée paru en 1921 : « Dimanche », « J’ai chaud », « Répit » et « Malade ». S’ajoutent douze textes parus dans la revue Vogue en 1925, et treize textes parus dans Demain, en 1924 et 1925. Le Voyage égoïste est aujourd’hui disponible aux éditions Fayard (1986).

Le fil du texte

Deux tons se succèdent dans ce recueil. Le premier plus lyrique dans les quatre premiers textes sous-tend la voix de la narratrice qui transforme en une rêverie heureuse autour de son passé, la morosité d’un dimanche de novembre (« Dimanche »), l’insupportable chaleur estivale (« J’ai chaud »), l’absence de l’être aimé (« Répit »), la maladie (« Malade »). Le second, plus ironique, traverse les brefs textes parus en 1924-1925, quand l’écrivain porte sur ses semblables un regard de moraliste. Si l’on ne peut parler d’unité de ton, la composition de ce recueil s’articule, comme dans d’autres publications semblables, telles Les Vrilles de la vigne, L’Envers du music-hall ou Les Heures longues, autour d ‘un motif favorisant le vagabondage de la pensée.

Quelques pistes d’analyse

Les premiers textes offrent un voyage poétique et thérapeutique entre le présent et le passé. Le pays de l’enfance est évoqué comme un merveilleux antidote à la grisaille d’un jour de novembre (« Dimanche »), ou à la chaleur torride du présent (« J’ai chaud »). Il n’est pas loin pour solliciter l’éveil de tous les sens dans l’attente de l’aube (« Répit »), ou le jardin fabuleux d’autrefois dans « Malade ».

« Quatre saisons » réunit douze courts textes qui rythment les fêtes et événements de l’année : « Cadeaux de Noël », « Visites » donnent à l’écrivain l’occasion de comparer son enfance à celle d’aujourd’hui. Mais c’est surtout le présent qui la requiert pour évoquer la femme, sa logique, ses caprices et son souci d’être, comme « l’amie Valentine », dans le vent. De l’univers de la mode et du couturier (« Printemps de demain », « Mannequins », « Trop court », « En-dessous », « Seins », « Nouveautés », « Soieries »), aux voyages saisonniers (« Vacances », « Vendangeuses », « Poil et Plume »), Colette, qui est éprise de lenteur, médite non sans ironie sur la façon dont se vit le présent éphémère, continuellement happé par l’avenir.

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