L’ENFANT ET LES SORTILÈGES


L’histoire de l’œuvre

En 1915, Jacques Rouche, directeur de l’Opéra de Paris demande à Colette un livret de féérie-ballet. Elle écrit très rapidement et choisit Ravel pour la musique. Mais celui-ci compose lentement et la guerre retarde la réalisation du projet. En 1925 l’œuvre, prête, est éditée à Paris par Durand et Cie. Elle est aussitôt jouée en première mondiale à l’Opéra de Monaco. Le succès est immédiat et éclatant. Puis, en 1926, à l’Opéra Comique a lieu la première parisienne, avec des représentations parfois houleuses. L’œuvre sera reprise de nombreuses fois à travers le monde dès 1926.    

Le fil du texte

Dans une maison de campagne, un enfant voit sa rêverie tourner à l’agressivité. Désobéissant et insolent, sa mère le punit. Saisi par une pulsion dévastatrice, il déchire ses cahiers, brise les objets familiers et brutalise les animaux. Ivre de rébellion, il s’abandonne au sommeil, les sortilèges visitent ses songes et le harcèlent à son tour. L’enfant a peur : ému et las, il pleure et prenant conscience des conséquences de sa révolte, il souhaite retrouver un havre de paix. L’enfant s’apitoie sur le sort des animaux qu’il a brutalisés. Seul et plein de regrets, il fait preuve de bonté et tourné vers sa mère, il lance un appel de détresse finale.

Quelques pistes d’analyse

C’est la partie littéraire qui fut conçue en premier, et Ravel, très respectueux ne s’accorda que peu de libertés dans la composition musicale. Plusieurs termes ont été employés pour qualifier l’œuvre : féerie-ballet, conte, opéra. C’est « fantaisie lyrique en deux parties » qui est finalement retenu. Texte répondant à une commande, L’Enfant et les sortilèges est unique dans l’œuvre de Colette. En s’engageant, elle avait réclamé la participation de Ravel. Une grande complicité les unit, le fils inconsolable qu’il fut et la fille de Sido ne pouvaient que se comprendre. Texte et musique sont intimement liés. Deux parties composent l’œuvre : la méchanceté et la violence de l’enfant puis son repentir doublé du sentiment de culpabilité. Colette donne la parole aux bêtes et aussi au monde familier dans une sorte de rêve éveillé. La musique mélange les styles dans l’harmonie avec une grande variété de formes musicales : menuet, habanera, air d’opérette, ragtime, musette, music-hall, jazz, air de bravoure, polka… Le scénario va du pire au meilleur : l’aveuglement de l’enfant le fait passer à côté des valeurs mais le repentir, bien que douloureux, permet le retour vers la mère et l’apprentissage de la vie. L’œuvre pose également le problème de la liberté de l’enfant, perdue du fait de son refus et de sa violence. L’amour maternel est le seul recours. Colette n’aura de cesse dans ses œuvres futures d’explorer les thèmes émotifs de l’enfance.

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un extrait lu par
Barbara Cole Walton