LETTRES AU PETIT CORSAIRE


 L’histoire du texte

L’ouvrage, édité et annoté par Claude Pichois et Roberte Forbin chez Flammarion en 1963, comporte une centaine de lettres de Colette à Renée Hamon, “le petit Corsaire”, une journaliste-reporter née à Vitré en Bretagne. Elles couvrent dix ans de correspondance et d’amitié de 1932 jusqu’au 23 octobre 1943, trois jours avant la mort prématurée de Renée Hamon à l’âge de 46 ans.

Le fil de la correspondance

Les lettres sont précédées d’une préface de Maurice Goudeket, de photos des deux amies, de la préface de Colette au roman de Renée Hamon Aux îles de Lumière et d’une note bibliographique sur la journaliste. Le petit corsaire conserva pieusement les lettres de son illustre aînée mais les siennes n’ont jamais été retrouvées. Des fragments duJournal de Renée Hamon, notes qu’elle prenait à la suite des visites à Colette, viennent à intervalle comme en réponse aux lettres de l’écrivain. L’amitié de Renée Hamon pour Colette eut pour messagers premiers des petits bouquets de daphnés qu’elle envoyait au Palais-Royal ; puis petit à petit grâce à l’entêtement de la Bretonne, la correspondance s’établit. Une grande tendresse tutélaire traverse cette correspondance : Colette, plus âgée, tutoie Renée Hamon et lui donne toutes sortes de qualificatifs affectueux : « mon petit messager volant », « mon petit corsaire en cale sèche », « mon petit corsaire en radoub » De son côté, le reporter-vagabond est pétri de vénération à l’égard de son aînée qu’elle continuera de vouvoyer.

Quelques pistes d’analyse

Le goût des voyages et la Bretagne rapprochaient les deux femmes : Renée Hamon, possédée du démon du voyage, apporte à Colette, immobilisée, des effluves de ses vagabondages lointains. Dans ce recueil de correspondance, on trouve l’amitié naissante, l’attention bienveillante et l’inquiétude de Colette quand la journaliste est à l’autre bout du monde. A l’automne 1940, des produits bretons sont expédiés par « le petit corsaire alimentaire ». En retour, Colette donne conseils et encouragements, et intercède auprès des milieux de l’édition. Colette fait aussi part de ses difficultés de santé, de son immobilité et des privations de la guerre. Enfin, elle tisse avec une tendresse impuissante tout un réseau d’amitié et d’aide autour du « petit corsaire tout démâté » frappé par la maladie. Colette ressent douloureusement la disparition de son amie, « le petit corsaire », « ce petit être solitaire, qui a passé sans nuire à personne ». Plus tard, elle l’évoque dans de belles pages de L’Étoile Vesper : « La petite Hamon rêvait d’un cotre, l’obtint, et, dévorée du démon de l’aventure, sillonna les mers du Sud. » Une nouvelle de Colette, « L’Enfant malade », aborde le thème de la mort d’un être jeune. Renée Hamon fut l’une des jeunes amies les plus chères à Colette.

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