SIDO


L’histoire de l’œuvre

Rédigé début 1929, « Sido ou les points cardinaux » paraît dans La Revue hebdomadaire des 22 et 29 juin, puis en plaquette chez Kra en juillet : première partie du triptyque complété au printemps 1930 par « Le Capitaine » et « Les Sauvages » pour constituer le volume intitulé Sido, annoncé le 9 mai.

Le fil du texte

En prolongeant l’évocation de Sido par celles du Capitaine, son second mari, puis des enfants des deux lits, Colette élève à sa famille un mémorial que sa mère anime jusqu’au bout, de son prestige. La libre association des souvenirs contribue pour chacun au portrait rétrospectif. Mais la complétude de l’ensemble n’exclut pas la différence de traitement. Le premier chapitre relève de la commémoration nostalgique, le personnage maternel célébré lui communiquant toutefois sa vivacité et la séquence finale développant davantage l’anecdote primesautière. Le second, plus grave, vise à découvrir et à comprendre, en sa gaucherie, un incompris. Au troisième, le nombre et la longueur des anecdotes se modifie en proportion inverse : moins nombreuses mais plus développées, attachées surtout aux facéties des garçons, la fille du premier lit, qui apparaît çà et là, restant le parent pauvre.

Quelques pistes d’analyse

Après La Maison de Claudine (1922) et La Naissance du jour (1928), Sido est le troisième ouvrage à visée autobiographique dédié à l’emprise de la mère. Alors que le second compromettait Sido, bienveillant fantôme, dans les amours et les prétendus renoncements de sa fille adulte, celui-ci relève comme le premier des souvenirs d’enfance, associant le prestige maternel à la demeure, au jardin dont elle assurait la vie, comme à l’innocence relative du village natal. Mais il le hausse à la dimension d’un pouvoir mythique, tel qu’il a pu marquer le regard enfantin. La genèse de La Maison de Claudine atteste que cet empire de la mère ne s’était manifesté que peu à peu, mais pour s’imposer avec l’intensité de la récurrence dans ce qui n’eût été sans elle qu’une suite de nouvelles anecdotiques. Dans Sido, la figure maternelle s’épanouit à la faveur de souvenirs croisés, soit que sa présence s’accroisse avec l’âge dans l’esprit de sa fille, soit que l’écrivaine ait senti qu’elle lui devrait, aux yeux de ses lecteurs, une manière de retour en grâce. Rien ne prouve que la rédaction, à quelque six mois de distance, d’une suite de « Sido ou les points cardinaux » ait été projetée dès le début : le succès de la parution en revue a pu inciter aux prolongations, le systématisme qu’elles introduisent dans l’évocation de la famille n’impliquant pas que l’inspiration se soit maintenue au même niveau.

L’accueil de la critique

La critique salue en Sido les vertus de la figure maternelle, la sagesse de son attachement à la nature et aux valeurs provinciales, goûtant du même coup le délicat lyrisme et la fraîcheur du style. Publication de Mitsou (une première version avait été composée pendant la guerre, mais Colette en avait perdu le manuscrit). Colette prend la direction des pages littéraires du Matin. Elle y assurera aussi la critique dramatique. Pendant l’été, à Rozven, début de la rédaction de Chéri (1920).

ÉCOUTER
un extrait lu par
Marianne Besombes